Après la chute des cieux, Vephar s'est retranché dans la fosse des Tonga et n'en est toujours pas ressorti.
C'est en tout cas ce que m'a dit Marcel, une baudroie de très agréable compagnie.
Mardi 12 juillet à 6h52, le chalutier Les Dents de la Mer quitte le port de La Côtinière. Le temps est clair, l'horizon est lointain, la marée n'est pas exceptionnelle mais pas trop faible non plus.
Mardi 12 juillet à 7h37, le chalutier Les Dents de la Mer sombre au large de l'Île d'Oléron. Ce sont douze familles qui sont laissées sans une mère ou un père ; c'est l'Île entière qui est en deuil.
Vendredi 15 juillet à 14h29, Jean Tibéry est interpellé au Leclerc de Saint-Pierre-d'Oléron par la police de Rochefort. Les premières investigations sont claires, il s'agit d'un des marins qui a péri en mer le 12 juillet.
Chose étrange : il a une force surhumaine et a dû être interpelé par 3 personnes équipées de tasers.
Lundi 5 septembre, c'est bientôt la fin de la saison touristique. Cette année n'a pas été un succès avec le chavirage des Dents de la Mer et un climat tendu où les oléronaises et oléronais ont été plus agressifs envers les touristes que les autres années.
Mardi 13 septembre, une journaliste couvrant Rochefort et Oléron publie un papier sur un nouveau groupe de citoyens concernés nommé « Nous Chassiron le tourisme ». Ce groupe de citoyen milite pour la réduction du nombre de campings et de lieux d'accueil pour les touristes.
Jeudi 22 septembre, dernier tournage de Fort Boyard de l'année, l'équipe de vedettes du cinéma et du stand-up viennent de récupérer leur deuxième clé (faire 2 avec les doigts). Tout à coup, l'équipe de tournage prévient Olivier Taupe qu'il faut ranger le matériel et mettre à l'abri les participants : trois pneumatiques gonflables approchent à toute allure et ne répondent pas aux appels radio.
Les embarcations se fracassent sur le Fort et six personnes prennent d'assaut la forteresse. Bien que les forces de l'ordre aient été prévenues, ces six lascars ont le temps d'afficher une banderole « Nous Chassiron le tourisme » en haut du fort et de détruite une grande partie du matériel vidéo sous prétexte que cette émission est l'œuvre d'un certain Didier.
La suite au prochain épisode ...
Samedi 24 septembre, engaillardis par leur opération sur le Fort Boyard, les militantes et les militants du mouvement « Nous Chassiron le tourisme » déclarent l'espace autour du phare de la commune une zone à défendre. Cette demande, quoique farfelue, trouve un écho auprès des défenseuses et défenseurs de la faune sauvage sur l'Île.
Mardi 27 septembre, la préfecture de Charente Maritime demande l'expulsion du collectif et la dissolution au Ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Voyant l'hivers arriver et un tourisme au plus faible pour les huit prochains mois, le Ministre ne fait que notifier la demande du Préfet de Charente Maritime et ne lui donnera pas de suite.
Mercredi 28 septembre, la fin de non-recevoir renforce les membres du collectif dans leur action et projettent d'étendre la ZAD de la pointe de Chassiron à l'entrée du village de Saint-Denis-d'Oléron.
Vendredi 29 septembre parait dans l'ensemble des journaux locaux et sur les chaînes d'information en continu le communiqué suivant :
Le collectif « Nous Chassiron le tourisme » demande la libération immédiate de Captain Igloo qui a été enfermé par les services de l'État dans le but de nuire aux actions du collectif. Il a été aperçu la dernière fois sur un chalutier proposant des bâtonnets de poisson aux membres de l'équipage.
Depuis l'extension de la ZAD, le 28 septembre, personne n'a été en mesure d'entrer en contact avec lui et cela interroge sur les opérations des forces de l'ordre quant à la liberté d'expression et leur habitude de bafouer les droits fondamentaux des militants.
Les militants du collectif justifient leur action par le souhait de préserver l'île d'Oléron de l'impact du tourisme de masse. Ils dénoncent notamment la pollution, la surpopulation et les nuisances sonores causées par les touristes.
Le collectif estime que l'arrestation de Captain Igloo est une atteinte à la liberté d'expression et à la liberté de manifestation. Il appelle les pouvoirs publics à libérer immédiatement le militant.
Samedi 30 septembre à 23h54, l'alarme retentit et devient assourdissante. Les agents d'astreinte sont tous appelés en urgence. Un amas de superlatifs. Tout, absolument tout, est sens dessus dessous. Il y a de l'eau partout, des morceaux de verres aux quatre coins. Il s'agit clairement d'une scène de crime, mais duquel ? Où sont passés les résidents ?
Dimanche 1er octobre à 6h33, rebelotte ! Les alarmes bombardent et tout le monde est sur le pied de guerre. En guerre, oui, mais contre qui, contre quoi ? Certes on découvre une nouveauté cette fois-ci mais l'étrangeté de la découverte ne semble interpeler personne sur place.
Pourtant, un enchainement de tapis relie les bassins à la mer et tous les poissons du parc zoologique de la Palmyre ont disparu. Cet état de fait est relevé à 9h12, comme quoi, tout le monde n'a pas la vivacité d'un rouget sur une plage lors d'une marée descendante. Un rapide contrôle des balises GPS des représentantes et représentants des espèces les plus rares montre que tout ce petit monde a pris cap vers leurs habitats naturels.
Que vient-il de se passer ?
La mer était déchaînée. Les vagues déferlaient sur la plateforme pétrolière, secouant les structures métalliques comme des jouets. Le vent hurlait, arrachant des cris aux oiseaux qui s'élevaient dans le ciel. Sur la plateforme, un homme se tenait debout, les cheveux souillés par la pluie et le sel. Il portait un long manteau noir qui flottait dans le vent. Ses yeux étaient rouges, comme enflammés. C'était le leader du groupe d'activistes qui luttait contre le tourisme de masse sur l'île d'Oléron. Il avait pris d'assaut la plateforme pétrolière, exigeant la libération de Captain Igloo, un de ses camarades arrêté par les forces de l'ordre.
Les autorités françaises avaient envoyé un groupe de paramilitaires pour reprendre la plateforme. Mais l'opération avait été annulée, les conditions météorologiques étant trop dangereuses. Le leader de la milice était seul face à la mer déchaînée. Il savait qu'il ne pourrait pas tenir longtemps. Soudain, il vit quelque chose bouger dans l'eau, à quelques mètres de lui. Il se pencha pour voir et aperçut une tête de poisson.
Le poisson regarda l'homme droit dans les yeux, puis ouvrit la bouche. Une voix profonde sortit de la bouche du poisson : "Ton dévouement et tes actes héroïques méritent que je te gratifie du grade de « Capitaine des Légions aquatiques ». Suis-moi et nous travaillerons tous les deux à préparer notre retour triomphant lorsque le niveau des mers aura augmenté de 3 mètres d'ici à cinq ans." Le leader de la milice sourit. C'était ce qu'il attendait.
Il plongea dans les eaux tumultueuses sans crainte et suivi le poisson vers les profondeurs de l'océan.